Chez Isabelle et Vincent c’est toujours la bonne saison !

"Pas de pays sans paysans"

L'agriculture est une grande famille dont le but premier est de vous nourrir. N'oublions pas que pour chaque produit que nous consommons il y a au départ un agriculteur qui a travaillé la terre, semé, planté, fait poussé, récolté ; un agriculteur qui a élevé, nourri, entretenu, trait etc...

La "Ferme France" a de multiples visages avec des réalités différentes selon les filières et selon la localisation. Par conséquent, les revendications sont nombreuses et peuvent vous paraître parfois confuses. La crise actuelle est le fruit de politiques agricoles menées sans aucun bon sens  et totalement déconnectées de la réalité depuis de nombreuses années. La mondialisation de l'agriculture a mis en concurrence les pays faisant de la nourriture, pourtant besoin fondamental, un produit soumis aux lois des marchés financiers. Elle aussi devenue du même coup la barrière d'ajustement des foyers. Manger est devenu trop cher aux yeux de beaucoup !! 

Une perte de sens qui fait que nous, agriculteurs,  ne nous reconnaissons plus dans notre métier qui est pourtant de produire pour nourrir. Nous ne voulons pas juste être une vitrine pour nos politiques (au salon de l'agriculture tout le monde nous aime et après ?). Ces ingérences permanentes pour nous dire comment nous devons travailler est devenue insupportable surtout de la part de gens qui ni connaissent rien. Nous sommes les premiers consommateurs des aliments que nous produisons. Nous nourrissons nos familles, nos enfants et ce depuis tant de générations. Croyez vous que nous voulons porter atteinte à leur santé ? De grands défis se présentent à nous. Nous sommes conscients des évolutions et des adaptations nécessaires au secteur agricole et nous ne les refusons pas lorsqu'elles sont bien menées et respectueuses des gens qui doivent les mettre en place mais on en peut pas tout changer comme ça du jour au lendemain!! 

Le malaise est aujourd'hui profond car ce qui se joue c'est la survie d'un métier et de tout un secteur économique.

Les revendications essentielles portent sur : 

  • Les aides ou subventions mal réparties au sein de l'Europe mais également sur notre territoire. Dans le cadre de la PAC, les DPU (dispositif de prime unique) sont versées en fonction des surfaces sans prendre en compte les besoins humains vitaux à certaines productions et qui représentent un coût très important. Cela crée de forts déséquilibres entre les différentes filières.
  • Les jachères imposées dans le cadre de la PAC et le grignotage des terres agricoles.
  • L'importation de produits d'origines étrangères à bas prix (car à bas coûts de production) qui défient toutes concurrences et qui de plus ne répondent pas aux normes qui sont imposées aux paysans français.
  • Les négociations des prix par la grande distribution auprès des producteurs qui sont scandaleuses.
  • Une superposition de normes toujours plus importantes et souvent incomprises car trop complexes dans leurs mises en application avec de plus l'absence de solutions alternatives qui les accompagnent.
  • Toujours plus de tâches administratives à accomplir et une fracture numérique bien réelle pour bons nombres d'agriculteurs. Trop de casquettes à porter avec des journées et des semaines à rallonges!! Des vies de famille soumises à des rythmes que personne n'imagine.
  • Les charges d'approvisionnements qui ne cessent de s'accroître, des cotisations sociales toujours plus importantes avec une opacité dans leur gestion (où va tout cet argent que l'on verse ?). Pour certains, les difficultés financières sont devenues chroniques et ne leur permettent plus de tirer un revenu décent de leur dur travail. Le suicide est l'une des premières causes de mortalité chez les paysans. C'est inacceptable!!
  • Des retraites trop basses car la base de calcul est différente des autres professions indépendantes. Pourquoi de telles disparités ?

et bien d'autres sources d'inquiétudes spécifiques à chaque filière...

En 1966, mon beau-père et les agriculteurs de l'époque campaient dans le parc de la préfecture pour empêcher les expropriations des terres agricoles qui allaient devenir la ville nouvelle de Cergy Pontoise. En 1992, j'étais de ceux qui défilaient contre la réforme de la PAC et je cultivais 70 ha. Aujourd'hui, j'arrive en fin de carrière et je vais céder à mes repreneurs 20 ha. Toutefois je veux rester optimiste car malgré toutes crises traversées, nous sommes toujours là!!

Il est vrai que les problèmes de trésorerie sont chroniques et l'équilibre difficile à trouver. Nos charges d'approvisionnement se sont envolées. La main d' oeuvre est indispensable en maraîchage mais le coût du travail (=charges) est trop important et en même temps les salaires trop modestes pour rendre ce travail attractif. Malgré les difficultés, nous essayons de maintenir des prix de vente raisonnables au regard du contexte, ce qui nous permet d'être concurrentiels avec la grande distribution (vérification à l'appui). Ce grand écart est difficile à tenir mais nous sommes persuadés que la vente directe reste le meilleur moyen pour faire face à cette concurrence déloyale que génèrent tous ces intermédiaires qui s'enrichissent aux dépens des producteurs et de vous consommateurs. 

Vous qui venez à la ferme, sur nos marchés, nous savons que vous êtes des convaincus, Grâce à vos actes d'achats auprès des producteurs vous portez haut les couleurs de notre agriculture et vous participez à son maintien. Le vrai pouvoir est dans les mains des consommateurs. Un grand merci à vous toutes et tous.

Vincent

La Rivoise